Que dit vraiment le règlement REACH sur le nickel dans un bijou fantaisie ?
On vous répète que le nickel est interdit dans les bijoux, que le plomb est proscrit et que tout doit être testé. Ces phrases sont fausses ou incomplètes. Le texte européen fixe des limites précises, sur des pièces précises, et laisse en dehors de son champ beaucoup de ce que l’on croit y trouver. Voici ce qu’il impose réellement.
Le règlement REACH n’interdit pas le nickel dans les bijoux. Il limite la quantité de nickel qu’un bijou peut libérer au contact de la peau, ce qui n’est pas la même chose. Un crochet en acier contenant du nickel dans son alliage reste parfaitement vendable si sa libération respecte la limite de l’entrée 27 de l’annexe XVII.
Pour le cadmium et le plomb, la logique est inverse : le texte fixe une teneur maximale dans la matière du composant, exprimée en pourcentage de sa masse. Et nulle part le règlement ne vous impose de faire tester chacune de vos créations dans un laboratoire.
Ce que le texte exige de vous tient en trois lignes. Vos composants doivent respecter ces limites. Vous devez savoir sur quoi vous vous appuyez pour l’affirmer. Et vous devez pouvoir répondre par écrit à une cliente qui vous interroge sur les substances préoccupantes. Le reste est de la rumeur d’atelier.
Le nickel n’est pas interdit, sa libération est limitée
C’est le contresens le plus répandu, et il coûte cher : des créatrices écartent des apprêts conformes, d’autres se croient tranquilles parce qu’un catalogue affiche une couleur argentée.
La différence entre contenir du nickel et en libérer
L’entrée 27 de l’annexe XVII du règlement REACH ne porte pas sur la présence de nickel dans l’alliage. Elle porte sur la vitesse à laquelle ce nickel passe vers la peau, mesurée en microgrammes par centimètre carré et par semaine.
Pour un article destiné à entrer en contact direct et prolongé avec la peau, la libération ne doit pas dépasser 0,5 microgramme par centimètre carré et par semaine. Les boucles, colliers, bracelets, bagues et fermoirs entrent dans cette catégorie.
Le texte traite aussi le cas des articles revêtus : lorsqu’un métal de base porte un dépôt, ce dépôt doit rester suffisant pour tenir la limite pendant au moins deux ans d’utilisation normale. Une dorure très fine qui s’use en une saison ne satisfait donc pas au texte, même si la pièce neuve était irréprochable.
Les tiges destinées aux parties percées, traitées à part
Les tiges insérées dans les oreilles percées relèvent d’un régime plus strict. Le seuil applicable y est de 0,2 microgramme par centimètre carré et par semaine, parce que la tige reste au contact d’une plaie en cours de cicatrisation.
Cette distinction a une conséquence directe sur vos achats : un crochet et un clou de puce ne se documentent pas de la même manière, alors qu’ils sortent souvent du même catalogue et de la même page. Si vous vendez des clous portés en continu, c’est ce composant qu’il faut documenter en priorité.
Le cadmium et le plomb relèvent, eux, d’une teneur
Ici, aucune mesure de libération. Le règlement regarde ce que la matière contient, et il le regarde composant par composant.
Le cadmium dans les perles de métal et les fermoirs
L’entrée 23 de l’annexe XVII vise nommément les parties métalliques des bijoux et de la bijouterie fantaisie, ainsi que les perles de métal et les autres composants métalliques destinés à la fabrication de bijoux. La teneur en cadmium doit rester inférieure à 0,01 pour cent en masse du métal.
Le cadmium se rencontre surtout dans certains alliages bon marché et dans des brasures. Il ne se devine pas à la couleur : seule une information du fournisseur ou un essai permet d’en parler.
Le plomb dans les composants de bijoux et les chaînes
L’entrée 63 fixe pour le plomb une teneur de 0,05 pour cent en masse, appréciée elle aussi partie par partie. Le texte prévoit des cas particuliers, notamment pour certaines matières comme le cristal ou pour des parties inaccessibles, mais le principe reste celui d’une teneur maximale par composant.
Cette appréciation par composant explique une situation très courante en atelier : la chaîne d’un collier est irréprochable, le fermoir en alliage de zinc acheté ailleurs ne l’est pas. Le bijou fini ne se juge jamais à la moyenne de ses pièces.
| Substance | Entrée de l’annexe XVII | Nature de la limite | Ce qu’il faut demander au fournisseur |
|---|---|---|---|
| Nickel | Entrée 27 | Vitesse de libération vers la peau, par centimètre carré et par semaine | Un résultat d’essai de libération, avec la méthode employée |
| Cadmium | Entrée 23 | Teneur en masse du métal du composant | Une déclaration ou une analyse de teneur, par référence |
| Plomb | Entrée 63 | Teneur en masse de la partie considérée | Une déclaration ou une analyse de teneur, par référence |
Qui est responsable quand vous achetez des apprêts
La question revient à chaque commande : si mon fournisseur se trompe, qui répond ? Cela dépend de l’endroit d’où vient l’apprêt.
Le rôle du fabricant, de l’importateur et de la créatrice qui assemble
Le fabricant répond de ce qu’il produit. L’importateur répond de ce qu’il fait entrer dans l’Union européenne. Vous, vous mettez sur le marché une pièce finie sous votre nom, et vous répondez de ce que vous en affirmez.
Concrètement, une créatrice qui achète des apprêts auprès d’un distributeur établi dans l’Union s’appuie légitimement sur les informations reçues, à condition de les avoir demandées et conservées. Cette chaîne se casse dès que le document manque.
Ce que vous changez au produit et ce que vous en héritez
Si vous commandez directement hors de l’Union européenne, sur une place de marché internationale par exemple, vous devenez l’importatrice de ces apprêts. La charge documentaire bascule alors sur vous, et elle est nettement plus lourde.
Vos gestes d’atelier comptent également. Poncer, redorer, tremper dans un bain de couleur ou retirer un vernis modifie la surface qui touchera la peau, donc l’objet même sur lequel portait le document du fournisseur. Un apprêt retravaillé n’est plus couvert par l’attestation reçue, et cela se note sur la fiche matière.
Les normes d’essai ne sont pas des obligations de tester
Beaucoup de créatrices croient devoir faire analyser chaque collection. Le règlement ne le demande pas. Il fixe une limite et désigne la manière de la vérifier.
NF EN 1811 et NF EN 12472, à quoi elles servent
La norme NF EN 1811 décrit la méthode d’essai de référence retenue pour mesurer la libération de nickel. La norme NF EN 12472 décrit, pour les articles revêtus, un traitement d’usure et de corrosion appliqué avant la mesure, afin de simuler le vieillissement du dépôt.
Ce sont des méthodes de mesure, pas des obligations. Elles servent à celui qui doit prouver, et elles vous servent à vous quand vous lisez un rapport : un résultat obtenu sans traitement d’usure sur une pièce revêtue ne dit rien de son comportement au bout de deux ans.
Pourquoi un rapport d’essai porte sur un lot et pas sur votre marque
Un rapport d’essai concerne l’échantillon soumis et le lot dont il provient. Il ne certifie ni un fournisseur, ni une collection, ni une marque, et sa validité n’est pas indéfinie.
Un rapport obtenu pour des crochets d’un lot de mars ne couvre donc pas la commande de septembre, même sous la même référence. C’est une des raisons pour lesquelles la fiche matière d’une paire de boucles se reconstitue composant par composant, avec la date et le lot en regard de chaque ligne.
Trois croyances répandues dans les ateliers
Elles circulent dans les groupes de créatrices, se recopient de message en message, et finissent sur des fiches produits.
Acier chirurgical n’est pas une catégorie réglementaire
L’expression acier chirurgical est un terme commercial. Elle ne correspond à aucune catégorie de l’annexe XVII et ne garantit ni une nuance d’acier, ni un résultat de libération de nickel.
Ce qui a un sens, c’est la nuance : acier inoxydable 316L, par exemple, écrit tel quel par le fournisseur. Le reste relève du vocabulaire de vente et n’a pas sa place dans une fiche matière.
Une attestation de conformité n’est pas un rapport d’essai
Une attestation est une déclaration du fournisseur : elle affirme le respect d’une limite. Un rapport d’essai est un résultat de mesure, avec une méthode, une date et un échantillon identifiés.
Les deux sont utiles, mais ils ne pèsent pas pareil. Une attestation rédigée en termes généraux, sans référence de composant ni lot couvert, vous renseigne peu et se lit comme un engagement commercial plutôt que comme une preuve.
Fait main ne dispense de rien
Aucune disposition de l’annexe XVII ne prévoit de dérogation pour le petit volume, la fabrication artisanale ou la vente directe. Une paire montée à la main sur un marché est soumise aux mêmes restrictions qu’une pièce industrielle.
La bonne nouvelle est ailleurs : à petite échelle, la conformité se joue sur le choix des fournisseurs et sur le classement des documents, pas sur des investissements techniques.
L’obligation d’information qui vous concerne vraiment
Une obligation vous vise directement, et elle n’a rien à voir avec les essais : c’est celle de répondre.
La demande écrite d’une cliente sur les substances préoccupantes
L’article 33 du règlement REACH donne au consommateur le droit d’obtenir, sur demande, l’information relative aux substances extrêmement préoccupantes présentes dans un article au delà du seuil prévu par le texte. La réponse est gratuite et doit intervenir dans un délai de quarante cinq jours.
Ces substances figurent sur une liste de substances candidates tenue à l’échelle européenne et mise à jour régulièrement. Vous n’avez pas à la connaître par coeur : vous devez pouvoir interroger vos fournisseurs et transmettre leur réponse.
Ce que vous devez pouvoir sortir de votre classeur
Quarante cinq jours paraissent confortables. Ils le sont si vos documents fournisseur sont rangés par composant et par lot. Ils ne le sont plus s’il faut d’abord identifier quel crochet a servi à quelle paire, puis écrire à trois fournisseurs qui répondent en trois semaines.
Cette exigence n’est d’ailleurs plus isolée : les dépositaires et les plateformes réclament désormais les mêmes pièces, comme le détaille notre article sur les documents que boutiques et plateformes exigent des créatrices. Le texte du règlement et les restrictions de l’annexe XVII sont consultables sur Légifrance, le site officiel de diffusion du droit.
Retenez trois points.
- Le nickel se mesure en libération, le cadmium et le plomb en teneur.
- Aucun texte ne vous oblige à faire tester vos créations, mais tout ce que vous affirmez doit reposer sur une information que vous détenez.
- La seule obligation qui vous vise personnellement est de répondre par écrit, dans les délais, à une cliente qui vous interroge.
Les formulations prudentes qui en découlent sont détaillées dans notre article sur les erreurs de mention sans nickel et hypoallergénique.
C’est précisément le travail que le suivi des apprêts et des documents fournisseur dans Perlinea prend en charge, du colis reçu jusqu’à la fiche de la pièce finie. Pour voir ce que cela donne sur vos propres références, demandez une démonstration de Perlinea avec vos apprêts.
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Vos apprêts, vos factures, vos attestations fournisseur et la phrase exacte publiée le jour de la vente tiennent dans une seule fiche matière par bijou. Demandez une démonstration sur deux ou trois de vos références réelles, nous partons de vos propres composants.
Auteur de cet article
Jimenez Julien
J’ai passé des samedis entiers derrière des stands de marchés de créateurs et des soirées à l’établi, à regarder des créatrices de bijoux fantaisie chercher la facture d’un sachet de crochets ouvert dix mois plus tôt. J’ai conçu Perlinea pour que la composition, le lot et la preuve d’une paire de boucles se retrouvent en quelques secondes, sans jargon de juriste.
Le parcours de Jimenez Julien et les convictions produit de Perlinea
À lire aussi dans Le Carnet des apprêts
Comment reconstituer la fiche matière d’une paire de boucles déjà vendue ?
Vous avez monté la paire un soir de novembre, avec des crochets d’un fournisseur, des perles achetées en salon et des anneaux repris d’un ancien sachet.
Pourquoi la mention hypoallergénique sur vos fiches produits peut se retourner contre vous ?
Sans nickel, hypoallergénique, spécial peaux sensibles : ces trois mots font vendre et se recopient d’une fiche à l’autre sans que personne ne sache d’où ils viennent.
Pourquoi les boutiques dépositaires vous réclament elles de plus en plus de documents ?
Il y a quelques années, un dépôt en boutique se réglait avec une liste de prix et une poignée de main.